De la bulle à la lettre
Fabrice Landais, facteur à Talmont Saint Hilaire (85). Malgré d’évidents dons artistiques, Fabrice Landais ne s’imaginait pas embrasser une carrière de dessinateur. Après s’être laissé tenter un an par une école de pub puis avoir passé deux années à la fac, il a vite compris que sa vraie nature le poussait ailleurs. Entré à La Poste en 1998, il ne renie rien de son art qu’il continue de pratiquer avec succès, après sa tournée. Il apprend le métier aux Sables-d’Olonne où on lui confie d’emblée le remplacement d’un facteur en arrêt maladie. Possédant sur le bout des doigts la géographie de sa ville de naissance, il acquiert bien vite la confiance de ses collègues. Cette reconnaissance se concrétise en 2000 quand La Poste lui propose un CDI au centre courrier de Talmont- Saint-Hilaire. Il prend en charge la tournée n° 12 qui le mène chaque jour à l’Océan. Ce qui n’a rien pour lui déplaire, avec sa tête de corsaire et son anneau à l’oreille gauche. Au guidon de sa mobylette, il emprunte des voies aux noms évocateurs qui fleurent bon l’iode et le sable chaud : la rue des Hautes Mers et l’avenue de l’Atlantique en traversant le camping du Paradis. Pourtant, Fabrice n’a rien d’un petit baigneur. Qu’il pleuve ou qu’il vente, cet artiste dans l’âme trace sa route d’un trait fin et assuré, comme il remplit ses cahiers de bandes dessinées. Et après sa tournée, il passe de la voie à la voix en répétant quelques morceaux avec son groupe rock et prépare son prochain tour… de chant !
“ La nuit précédant ma première tournée en solo à Talmont, la tempête s’était abattue sur la France.
C’était en décembre 1999. Je ne reconnaissais plus rien. J’ai terminé à 18 h 30 alors que la nuit était tombée depuis longtemps ! Je ne m’attendais pas à des débuts aussi épiques moi qui voulais concilier un travail au grand air et mon goût pour l’activité artistique. Après l’armée, j’ai commencé à travailler comme docker. J’avais entendu dire qu’un emploi était disponible à La Poste des Sables-d’Olonne et je suis passé. J’ai obtenu rapidement la place. Tout m’a semblé naturel. C’était comme si j’avais été fait pour ça. Quand les choses se passent ainsi, il ne faut pas se poser de questions et saisir sa chance. La direction s’est même intéressée à mes dessins et m’a demandé de travailler pour Forum, son journal interne, lors d’une campagne de sensibilisation sur le thème des chiens. Il est vrai que de nombreux facteurs en sont victimes. Alors si la bulle aide à faire passer les idées, tant mieux ! Un de mes clients, amateur d’art, m’a même demandé de dessiner un paysage sur un mur extérieur de sa maison. La Poste continue de susciter les vocations. Une de mes clientes m’a raconté que son fils avait annoncé à sa maîtresse qu’il voulait devenir facteur. C’est d’ailleurs lui qui vient chercher le courrier tous les midis… pour voir la mob !
Un matin, j’arrive chez une cliente d’un certain âge qui tentait de me dire quelque chose.
À grands coups de “aujourd’hui c’est le jour des courses�, elle finit par attirer mon attention sur sa voiture… dont le pneu était crevé. Je lui ai changé sa roue. D’autres ont des petites attentions : un monsieur m’a offert des pêches de son verger. J’en avais plein les sacoches. Après une tournée riche en nids de poules, il ne me restait plus qu’une belle compote.
Ma tournée est plus animée à partir de Pâques, au moment où les résidences secondaires s’ouvrent à nouveau. C’est aussi le temps des mauvaises surprises. Ainsi, deux clients habitant côte à côte se sont faits cambrioler deux années consécutives. Depuis, j’essaie d’y passer au moins une fois par semaine hors saison. D’autres clients sont plus heureux, comme ce couple à qui j’avais délivré un recommandé. Après m’avoir dit qu’il devait s’agir d’une erreur, pensant qu’il s’agissait d’une mauvaise nouvelle, ils ont fini par me sauter au cou. Ils venaient de découvrir un chèque de dix mille euros gagné à l’occasion d’un jeu concours !
Ainsi va la vie de facteur et avec moi, ça se termine souvent en chanson. Lors de la dernière Fête de la musique, c’était amusant de voir la boulangère danser pendant qu’on jouait sur scène. Le lendemain, quand je lui ai apporté le courrier, elle me lance “vous êtes déjà sur votre mobylette !�. Hé oui, le courrier ne s’arrête jamais !�
FABRICE LANDAIS
CENTRE COURRIER DE TALMONT SAINT HILAIRE
13 RUE NATIONALE
85440 TALMONT SAINT HILAIRE
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