Des Champs-Élysées au Canigou

Livre Facteurs en France - Portraits de facteurs - Pour devenir postier, Henri a réussi le concours de facteur. Désormais il distribue le courrier à Prades.Henri Moné, facteur à Prades (66). Lorsque Henri Moné, ses collègues ou ses clients se rendent au petit bureau de Poste d’Olette, non loin du Canigou, ils rasent les murs pour éviter de se faire happer par un des nombreux camions qui circulent sur la commune. Traversé par la nationale 116, ce village pyrénéen est constamment emprunté par les semi-remorques et les voitures de touristes qui rejoignent les stations de ski voisines. Malgré tout, personne ne veut quitter son village. Né dans la région, ce facteur haut comme trois pommes y est viscéralement attaché. Connaissant par coeur les pièges de la route, il va à son rythme lorsqu’il conduit sa voiture sur les routes sinueuses de montagne. Ses clients savent bien que le courrier arrivera toujours à l’heure. À sa façon, Henri illustre à merveille la lutte que mènent tous ceux qui veulent que l’aventure continue. À travers sa vie de fils de paysan pyrénéen passé par les Champs-Élysées et la Canebière, il se retourne sur son parcours de postier.

“ Comme les commerces disparaissent les uns après les autres, c’est moi qui assure la livraison des produits essentiels :

Livre Facteur en France - Portraits de facteurs - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.les médicaments prescrits par le médecin et parfois du pain pour un de mes plus vieux clients. J’ai même livré une machine à laver et un lot de six chaises ! Mes clients sont disséminés dans des hameaux perdus en montagne. Certains comptent à peine plus d’une dizaine d’habitants. Si des gens peuvent encore habiter des endroits aussi reculés, c’est sans doute en grande partie grâce à La Poste. C’est le principal lien qui les relie au reste du monde. Ma tournée à Olette s’étend sur 40 kilomètres et dessert 250 foyers. Je suis revenu au pays en 1992 pour m’occuper de ma mère. En fait, j’ai commencé ma carrière sur les Champs-Élysées. Je n’aurais jamais imaginé que j’y distribuerais le courrier. Pour un fils de paysans pyrénéens, voir Paris c’est déjà beaucoup. Mes parents n’avaient pas beaucoup de moyens mais j’ai pu suivre des études grâce aux bourses et j’ai obtenu une licence d’histoire. Rapidement, il a fallu que je gagne ma vie. J’étais très ami avec deux frères dont la mère travaillait à La Poste. Nous avons passé le concours tous les trois en 1975 : nous avons tous été reçus et nous sommes partis nous installer à Paris.

C’est comme ça que je me suis retrouvé à descendre la plus belle avenue du monde.

Livre Facteur en France - Portraits de facteurs - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.C’était une sacrée aventure pour l’époque. Je travaillais pour le deuxième plus grand bureau de Paris dans le 8e arrondissement : nous étions près de 600. Les gens venaient de la France entière. Un brassage qui n’existe qu’à La Poste ! Je suis devenu ami avec un facteur du Nord qui parlait le “chti� alors que moi je parlais le catalan. Ce n’était pas toujours facile de se comprendre. Je l’ai invité chez moi. Il est arrivé un jour de brouillard. Le lendemain, le ciel était dégagé et il a vu des montagnes pour la première fois de sa vie. Il m’a demandé comment elles avaient pu pousser en une nuit !

En 1977, j’ai été affecté à Marseille.

Livre Facteur en France - Portraits de facteurs - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.Comme pour Paris, je m’occupais de l’avenue la plus célèbre : la Canebière qui mène au Vieux Port. J’ai toujours aimé travailler en centre-ville. On peut y faire les tournées à pied et c’est le meilleur moyen de rencontrer les gens. J’ai bien passé le concours de receveurdistributeur mais le travail de bureau me plaisait moins. J’avais remarqué que les gens sont plus contents quand on vient chez eux que lorsqu’ils se rendent au guichet.
En 1979, j’ai été affecté à Corneilla de Conflent près de mon village d’origine. Mais je suis bien vite reparti pour Oyonnax dans l’Ain en 1982. C’est de là que viennent mes meilleurs souvenirs. Comme d’habitude, je faisais une tournée à pied en centre-ville. Mes clients étaient chaleureux et mes collègues, devenus en onze années de véritables amis, m’invitaient fréquemment chez eux. Aujourd’hui, je suis de retour dans ma région mais j’ai dû abandonner la tournée à pied et en centre-ville pour relier les hameaux les plus reculés. Avec ma voiture jaune, je suis un peu le trait d’union entre les clients et le monde extérieur. �

HENRI MONE
CENTRE COURRIER DE PRADES
ESPACE ALFRED SAUVY
RUE JAUME
BP 75
66501 PRADES CEDEX

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