Dix tournées au Puy
Isabelle Pigeon, factrice au Puy en Velay (43). Isabelle Pigeon n’aurait jamais songé à faire carrière dans la dentelle, spécialité du Puy-en-Velay en Haute-Loire. Une activité bien trop calme pour cette mère de deux enfants qui « aime quand ça bouge ».
Un tempérament bien accordé à la géologie locale car la ville d’Auvergne a été érigée sur un volcan. Isabelle Pigeon bouge donc comme factrice de secteur à mi-temps : elle peut être appelée sur dix tournées différentes dans la ville, à pied ou en scooter. « Je ne me languis pas et je ne vois pas passer le temps. »
D’autant qu’il lui arrive de grimper dans la vieille ville par les rues pavées jusqu’à la cathédrale et le rocher Corneille où s’élève l’immense statue de la Vierge, de 16 mètres de hauteur, qui domine Le Puy. Isabelle Pigeon fait souvent ce pèlerinage car elle distribue parfois le courrier au concierge du monument Notre-Dame de France. C’est son parcours préféré. Ces hauteurs n’effraient pas cette sportive qui pratique à ses heures perdues le footing et la natation. En revanche, elle goûte moins le scooter.
Factrice, elle l’est devenue par hasard.
En 1990, elle est reçue à deux concours : celui de secrétaire sténo-dactylo dans la police et celui d’agent d’exploitation services généraux, guichetier pour les intimes. Elle choisit La Poste et connaîtra brièvement le guichet, notamment à Chadrac, la ville de ses parents, située à trois kilomètres du Puy, avant de se retrouver factrice en banlieue parisienne à Nanterre. Un guichet auquel elle reviendra peut-être sur ses vieux jours. Car, même si elle aime parcourir la ville, elle le sait : « Facteur, c’est un métier très physique. Les gens ne s’en rendent pas compte. »
« Lorsqu’un poste de facteur de secteur s’est libéré au Puy, je n’ai pas hésité. »
« C’était l’occasion de rentrer au pays. Mes débuts de factrice en 1994 à Nanterre n’ont pas été faciles. Un matin, on nous a lâchés à deux sur une tournée : on s’est débrouillé mais on a terminé à 17 heures Il faut dire que nous avions passé un concours pour devenir guichetier et non pour distribuer le courrier. Certains jours, on se retrouvait à quatre ou cinq pour s’aider à finir la tournée. Comme nous étions tous des “déracinés !�, une grande solidarité existait entre nous. Toute l’équipe se retrouvait au foyer de La Poste. Je garde vraiment un bon souvenir de cette période et je suis d’ailleurs toujours en contact avec certains collègues.
Heureusement que l’ambiance était bonne car ce n’était pas facile de quitter sa famille.
Un week-end sur deux, je revenais au Puy où mon mari travaille chez Michelin. Je repartais le dimanche soir et, sur le chemin de la gare, je passais devant le centre courrier du Puy. À chaque fois, je me demandais quand est-ce que je serai enfin nommée ici.
J’ai enfin pu revenir en 2000. Évidemment, comme nous remplaçons des titulaires, nous ne connaissons pas nos clients aussi bien qu’eux. Mais j’arrive tout de même à nouer des contacts, notamment lorsque je remets à jour le cahier de tournée. À cette occasion, je sonne chez les habitants pour leur demander s’ils connaissent le nom de leurs voisins, quand ces derniers sont absents et que leur nom ne figure pas sur la boîte aux lettres. C’est aussi l’une de mes fonctions : le facteur de secteur participe à améliorer la qualité de la distribution. Parfois, j’accompagne le facteur titulaire, j’en profite pour observer et repérer les problèmes. Je colle également des étiquettes portant le nom des habitants sur les boîtes. Ce sont des petits détails, mais ils facilitent la vie, notamment celle des facteurs remplaçants.
« Car c’est vraiment compliqué de s’y retrouver dans certains endroits. »
Je pense notamment à une petite cité qui comprend plusieurs bâtiments. De nombreuses adresses précisent uniquement la rue et ne donnent pas le nom de l’immeuble. Il faut faire travailler sa mémoire. Et c’est encore plus difficile lorsque les noms des clients ont des consonances étrangères. Nous étudions aussi les moyens d’améliorer les casiers de tri, en fonction des évolutions de tournée. Là , il s’agit de faire preuve de diplomatie, parce que les anciens n’aiment pas trop qu’on change leurs habitudes.
Enfin, nous aidons les nouveaux arrivants ou les saisonniers au tri et parfois sur la tournée. Après la mienne, je rejoins parfois un jeune sur son parcours pour lui donner un coup de main. Pourquoi ? Parce que j’aime bien rendre service et parce moi-même je suis bien contente d’être épaulée par un titulaire quand je ne m’en sors pas. »
ISABELLE PIGEON
CENTRE COURRIER LE PUY EN VELAY
8 AVENUE DE LA DENTELLE
BP 319
43011 LE PUY EN VELAY CEDEX
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