Garder le rythme
Christelle Arroquy, facteur à Coulaines (71). Sa tournée, elle la mène au pas de charge, sortant avec célérité de sa voiture, allongeant ses foulées, énergique, montant les escaliers quatre à quatre… Chrystelle Arroquy n’aime pas lambiner ni faire les choses à moitié. Arrivée devant les boîtes, son geste est leste, mais assuré. Pas question de laisser une lettre dépasser, ni les colis sur la boîte ou au pied de la porte, comme le font d’autres transporteurs et qui, du coup, se retrouvent trempés par l’orage ou vidés de leur contenu. Elle a quelques trucs dans sa besace pour régler ces questions en douceur. Dans une première vie à La Poste, elle était chargée de gérer ce genre de problèmes, pour le compte des facteurs, en tant qu’agent facilitateur de la distribution. Embauchée en 1999 pour un emploi jeunes au bureau d’Autun, Chrystelle Arroquy s’occupait des litiges mais incitait aussi les gens à s’équiper de boîtes normalisées, réglait avec leur propriétaire les problèmes de chiens présentant un risque pour les facteurs, etc. Elle décide d’anticiper la fin de son contrat pour devenir facteur et arrive en septembre 2001 au bureau de Montchanin.
Depuis cette date, Chrystelle pratique la vitesse et surtout la bonne humeur.
Après quatre ans passés à Écuisses, une commune limitrophe de Montchanin, son tempérament a fini par être connu. Partout, ses « bonjour » sonores récoltent un écho, un petit mot gentil, un encouragement. Bon nombre de ses clients lui donnent du Chrystelle ou la saluent de la main quand ils la croisent sur la route. Manifestement, ils apprécient son entrain et le lui font savoir. « Qu’est-ce qu’il y a de plus gai qu’une factrice ? », lui lance un quinquagénaire depuis son jardin. « Euh, vous ? », tente Chrystelle. « Mais non, deux factrices ! », s’esclaffe l’homme, visiblement satisfait de son compliment en forme de devinette Carambar. La blague a beau être éculée, c’est assez bien résumé.
« Je ne savais même pas que les facteurs triaient le courrier avant de partir en tournée. »
« J’ai découvert le métier de facteur en entrant à La Poste. Mon expérience de facilitatrice de la distribution me sert encore aujourd’hui. Elle m’a surtout ouvert les yeux sur la richesse du métier et ses différentes facettes.
Que ce soit la préparation de la tournée ou la distribution elle-même, je fais tout à 200 à l’heure, le tri comme la distribution. C’est une question de tempérament. Il faut dire aussi que j’ai une tournée physique, avec de nombreux colis à livrer et beaucoup d’escaliers à grimper. Il faut garder le rythme. Mais ça ne m’empêche pas de m’arrêter, que ce soit pour papoter un moment avec les clients ou pour lire son courrier à une vieille dame aveugle. Facteur, ça ne se limite pas à distribuer des lettres. C’est un métier de contact, une activité sociale, on va à la rencontre des autres, on écoute leurs problèmes. Même si, très souvent, cela se limite à parler de la pluie et du beau temps. Je crois que ça leur fait du bien quand même. D’ailleurs, j’ai parfois l’impression que certains saisissent n’importe quel prétexte pour engager la conversation. Mais à force, des relations particulières se sont nouées avec certains clients. Comme cette personne diabétique aujourd’hui âgée qui ne peut plus marcher et qui m’invite à monter chez lui en me hélant depuis sa fenêtre. Comme il sait que je ne veux pas boire un coup avec lui, il me glisse de temps à autre des bonbons dans la poche. Je préfère ces douceurs à un verre de rouge. Il y en a d’autres comme ça, le plus souvent des personnes âgées ou malades. Forcément, ce sont elles que je vois le plus. »
« Les rencontres se font aussi par hasard. »
« C’est le cas avec une de mes clientes qui s’est fracturée le pied en tombant de son cerisier. C’était quelques mois à peine après mon entrée en fonction. Comme elle ne pouvait plus marcher, j’ai commencé à lui monter son courrier tous les jours. Pour me remercier, elle m’offrait un verre de jus d’orange. Depuis, elle s’est remise, mais la tradition a perduré, et nous avons fini par sympathiser. Ironie du sort, l’autre jour, je suis arrivée, son mari était allongé par terre sous le cerisier. J’ai cru qu’il était mort ! En fait, il venait à son tour de tomber de l’arbre et s’est fracturé une cheville. Sur le moment, je n’ai pas rigolé, parce que j’ai vraiment eu peur. Mais maintenant, on en plaisante ensemble. »
CHRISTELLE ARROQUY
CENTRE COURRIER DE MONTCHANIN
LA CANTINE ZONE ARTISANALE
RUE DU PUITS QUENTEL
71210 MONTCHANIN
Ecouter la chronique RTL de Christelle Arroquy, factrice à Montchanin (71)