La discrète

Livre Facteurs en France - Portraits de facteurs - Pour devenir postier, Solange a réussi le concours de facteur. Désormais elle distribue le courrier à Imphy.Solange Roy, factrice à Imphy (58). Ah, vous êtes là pour voir comment travaille Solange ? Eh bien, si jamais vous en dites du mal, je vous étrangle ! Le propos ferait frémir s’il n’émanait d’une charmante vieille dame de quatre-vingt-cinq ans, qui vient de vous offrir un verre de pétillant sans alcool. Imphy, dans la Nièvre, est une petite ville ouvrière située à quelques kilomètres de Nevers. La vie y tourne autour des aciéries. Enfin, tournait… De 3500 personnes avant la guerre, celles-ci n’emploient plus aujourd’hui qu’un peu plus d’un millier et on cite le chiffre de 500 pour demain. De nombreux retraités habitent encore les pavillons à deux niveaux de ces cités construites à la grande époque. Pour eux, Solange se situe entre le rayon de soleil quotidien et l’auxiliaire indispensable pour continuer à vivre chez soi…

Il faut dire qu’elle marche à la relation, se fendant d’un sonore «coucou !» même pour ceux qui n’ont pas de courrier. Pour elle, tout le monde est important. Elle sait où en est la santé des uns, le moral des autres… Sa condition physique est à l’avenant à presque trente ans de métier dont dix-neuf sur la même tournée. Elle charge sur son vélo les lourds colis d’une personne sans voiture, sème dans les côtes les remplaçants venus découvrir sa tournée, grimpe sans reprendre son souffle les marches de ceux que leurs jambes trahissent, remplit des kilomètres de formulaires administratifs pour les vues qui baissent… « Peut-être étais-je faite pour être factrice ? » se demande-t-elle parfois avec malice, rappelant qu’elle était dans le ventre de sa mère quand celle-ci est entrée à La Poste en 1956.

“Allez, je vais prendre du bon temps ! C’est ce que je dis quand je prends mon vélo pour partir en tournée.

Livre Facteur en France - Portraits de facteurs - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.Le mieux, c’est que je le pense vraiment. Je n’ai pas beaucoup de mal à me lever le matin pour aller au travail: je suis heureuse de retrouver mes clients. J’essaie de passer un peu de temps avec chacun. Certains me font des farces et déclenchent de vraies parties de rigolade. D’autres éprouvent le besoin de se confier. Il y a des choses qu’on dit au facteur dont on ne parle pas à sa propre famille. Et ça soulage… Ils savent que je garde pour moi ce qu’on me dit. Je suis entrée à La Poste à une époque où les nouvelles recrues allaient, en délégation, prêter serment au tribunal. Une pratique que La Poste a relancée l’année dernière. Pour moi, la discrétion reste la première qualité du facteur. Mes clients m’apportent beaucoup en retour. Souvent, je suis émue de leur gentillesse. Ils me font partager leurs passions, sortent des revues, me prêtent des livres… Récemment, un client m’a passé un recueil de nouvelles datant de 1957 intitulé Rien pour moi, facteur ? Il faut dire que son père était lui-même facteur…

Pour moi, la période des calendriers est un moment sacré.

Elle dure du 15 novembre au 31décembre. Tous les après-midi, je repars en tournée. Là, j’ai davantage de temps à consacrer aux gens. Je rentre vraiment dans leur vie. Mes 520 clients ne sont pas tous riches mais ils sont généreux. À l’arrivée, cela représente une certaine somme. J’en réserve une partie pour mes remplaçants, qui n’ont pas la chance d’avoir leur tournée. Je ne suis pas gênée par la partie commerciale du travail. Je prends des rendez-vous pour l’ouverture de comptes, je vends des timbres, des Prêts-à-poster… Ça se passe dans la bonne humeur.

Beaucoup de retraités habitent Cité Milamont.

Humour, portraits insolites, travail, histoires vraies... le livre Facteurs en France est à la fois une chronique et un documentaire sur le metier de facteur à la poste en France.Certains se déplacent difficilement et la moitié des logements sont à l’étage. Alors, nous avons nos petits arrangements. Je monte le courrier, je prends les lettres à affranchir, j’effectue les retraits, je récupère la commande pour l’épicier… Je ne compte pas les verres de sirop que je refuse ou que j’accepte. Le samedi, quand j’annonce: « Vous ne me verrez pas demain », on me répond souvent:«Ça va être long !» Je suis sûre de me comporter de la même façon avec tous mes clients. Si l’un d’entre eux se trouve en grande difficulté morale ou financière, je pense lui porter encore davantage d’attention et d’écoute. Ce n’est pas mon métier de faire des différences. Cela vient sans doute de ma famille, de mon enfance… Ma mère s’est retrouvée seule à élever six enfants. Elle ne nous a pas appris à nous considérer supérieurs aux autres. Plus je prends des années, moins je suis stressée et plus je me sens pacifique. S’il faut se battre, c’est pour conserver le côté humain des choses.
Il me reste bien des années à porter la sacoche et le métier changera sans doute encore beaucoup. Mais je ne pense pas que je le quitterai déçue.

SOLANGE ROY
CENTRE COURRIER DE IMPHY
PLACE DU 8 MAI
58160 IMPHY

Ecouter la chronique RTL de Solange Roy, factrice à Imphy (58)

2 réponses to “La discrète”

  1. Philippe R a écrit :

    Cette semaine, la discrète Solange le sera un peu moins puisqu’elle sera mise en valeur au cours de l’exposition qui se tient dans sa commune d’Imphy !
    Bravo Solange !!!

  2. Philippe R a écrit :

    Cette semaine, la discrète Solange le sera un peu moins puisqu’elle sera mise en valeur au cours de l’exposition qui se tient dans sa commune d’Imphy !
    Bravo Solange !!!

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