La petite géante
Isabelle Tourrais, factrice à Poitiers (86). Attribuer ses chutes à mobylette à l’abus de cognac, sa ville de naissance, serait une pure médisance. La plupart de ses collègues en plaisantent encore et elle a été la première à en rire. Il n’y a qu’à la voir pour tout comprendre. Avec ses 1 m 49, Isabelle Tourrais ne pouvait toucher terre quand elle était perchée sur son engin. Elle qui pensait passer inaperçue en se grandissant de quatre centimètres, elle avait été repérée. Ses supérieurs se sont rendu compte que quelque chose clochait. Désormais, elle oeuvre à pied ou à vélo, sans craindre de chuter. Cette sportive assidue, footballeuse depuis l’adolescence, compense sa taille par une vitalité exubérante et un irrésistible sens de l’humour qui déride ses interlocuteurs les plus coriaces. À trente-six ans, Isabelle compte cinq années de Poste, elle a commencé comme rouleuse (remplaçante) pendant deux mois à Barbezieux puis 4 ans à Chateauneuf, toujours en Charente. Elle avait préparé le concours pour apprendre au dernier moment qu’il venait d’être supprimé. Alors, elle s’est adaptée, décrochant enfin un CDI après plusieurs CDD. À Poitiers depuis octobre 2005, elle apporte un rayon de soleil dans les quartiers difficiles et pose « des pansements sur le coeur des gens ». Jamais découragée par l’effort, elle avale les kilomètres sur les routes. Question autorité, elle sait se faire respecter comme sur les stades de la région où elle poursuit une brillante carrière d’arbitre. Avec son coeur et son humour, elle a la taille pour résister à toutes les taquineries.
« Je suis pleine de vitalité et incapable de me laisser aller.
Les clients le sentent bien et finissent par me dire que je leur donne du baume au coeur. Ils s’ouvrent à moi, me racontent parfois leurs problèmes. Quand ils voient un visage qui pétille, leur regard s’éclaire à leur tour. Je change souvent de quartier mais les immeubles et les HLM sont les plus nombreux sur mes tournées. Je côtoie la pauvreté, l’isolement, et parfois la détresse. Je ne vivais pas ça à la campagne car les clients étaient plus proches, avec un contact plus chaleureux. Les citadins se montrent plus renfermés, souvent méfiants. On se contente souvent de glisser le courrier dans les boîtes sans voir personne. Et puis, progressivement, on arrive à rencontrer des gens. Au début, le contact est timide. Nous sommes sondés. On ne nous apprécie pas au premier coup d’oeil. Alors j’essaie de rompre la glace avec ma gaîté, mon naturel.
En tant que remplaçante, je change sans cesse de secteur et cette mobilité ne facilite pas les liens.
Peut-être que lorsque j’aurai ma tournée, cela changera-t-il tout : on peut fidéliser la clientèle et nouer des véritables relations avec elle. Je me console en me disant que mon jour de tournée viendra bien un jour et aussi grâce aux excellentes relations que j’entretiens avec mes collègues. On peut dire que je suis devenue un des bouts en train du centre. À tel point que j’ai l’impression d’être là depuis des années. J’ai tout de suite senti que la porte était grande ouverte. Le centre courrier de Poitiers m’a très bien accueillie, moi qui suis naturelle et qui aime parler. La liberté d’expression est bien réelle dans le travail. C’est même inhérent au métier, comme le sens de la communication. Et puis ma taille joue aussi comme un argument, une sorte de mètre étalon : ainsi La Poste explique même aux clients les plus récalcitrants que leur boîte aux lettres doit être déplacée dans le cas où je n’arrive pas à l’atteindre ! »
ISABELLE TOURRAIS
CENTRE COURRIER DE POITIERS
79 AVENUE DE NANTES
BP 776
86030 POITIERS CEDEX
Ecouter la chronique RTL d’Isabelle Tourrais, factrice à Poitiers (86)
le 15/12/06 à 15:53
Quel dynamisme, en effet… et toujours le sourire. Ce fut très agréable de croiser ta route!
A +… à Paris, qui sait ?!!!