La timidité apprivoisée

Livre Facteurs en France - Portraits de facteurs - Pour devenir facteur, Gilles a réussi le concours de la poste. Désormais il distribue le courrier à Vitré.Gilles Fouché, facteur à Vitré (35). Voulez-vous que je m’arrête ? Vous avez peut-être mal à la tête ? Entre de longs silences, Gilles Fouché s’inquiète de son passager. Son attention à l’autre est extrême. Presque tendue. Pour rien au monde, il ne dérogerait à ce soin. Une délicatesse qu’il ne soupçonne pas lui-même, mais que ses clients louent discrètement dès qu’il a le dos tourné. « Ponctuel, précis, mais Gilles sait aussi plaisanter », remarque Jeannine. Après dix-huit ans d’exercice comme facteur – « dont onze à Paris, Île de la Cité, avec comme clients le chanteur Georges Moustaki, le vulcanologue Haroun Tazieff et des figures du show-biz simples et accessibles !» – le voilà sur une tournée qu’il ne lâcherait pour rien au monde. Livre Facteur en France - Portraits de facteurs - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.Mille deux cents habitants, quatre-vingts kilomètres de routes et de sentiers ruraux, une bonne centaine de «marche arrière » chaque matin… C’est sur ce terrain accidenté que Gilles a apprivoisé chacun de ses clients, sans compter les chiens, les chats et même certains oiseaux qui l’attendent au passage. Mais surtout c’est là qu’il a dompté sa peur. Car le garçon était plutôt timide depuis l’adolescence. Un handicap qu’il a maintenant largement dépassé à le regarder blaguer avec ses clients, échanger sur la pluie et le beau temps et, parfois, entamer des conversations plus graves…

“Paille, branchettes, brindilles, plumes de poule, duvet d’oie… tous les jours la boîte aux lettres en était pleine. Tous les jours Jeff la vidait. Mais rien à faire.

Humour, portraits insolites, travail, histoires vraies... le livre Facteurs en France est à la fois une chronique et un documentaire sur le metier de facteur à la poste en France.La mésange revenait, bien décidée à y faire son nid. Alors, à contre cœur, il a laissé sa boîte en bois à la mésange et en a acheté une en aluminium. Ça n’a pas tout à fait le même charme, mais au moins je peux y déposer son courrier. Impossible d’oublier le cours des saisons quand on est facteur. Le grand froid, le vent qui vous glace les os, la chaleur à suer toute son eau, ou le réveil brutal de la végétation et des hommes quand vient le printemps… On vit au rythme de la nature et c’est ce que j’apprécie. Entre les gens du pays, c’est un sujet de conversation privilégié. Tout le monde ici a son potager. Ses arbres fruitiers. Ses fleurs. Les graines, les fruits et ce qu’on en dit, c’est comme une monnaie d’échange. Ça circule. Ça se donne et se partage. J’ai moi-même un petit jardin, quelques légumes et quelques fleurs. Je ne fais jamais une tournée sans échanger une astuce, apprendre un nouveau dicton de jardinier sur la façon de faire pousser les roses, d’éloigner les vers et les chenilles ou de protéger les graines des aléas climatiques. Je ne l’aurais pas cru au début, mais la sagesse populaire a du vrai. En tout cas, cela marche bien mieux que les conseils donnés dans les livres. Cette tournée, c’est un peu comme mon royaume. J’y connais chacun de mes clients, j’y suis attendu, invité à déjeuner très régulièrement. Il n’y a pas de semaine sans que je ne reparte avec un cadeau. Une poignée de radis, des noix, du raisin (poussé sous serre en pleine Mayenne, succulent !), de la salade.

L’autre jour, j’ai même trouvé un rôti de porc bien empaqueté dans sa glace ! Germain venait de tuer le cochon, il a pensé à moi.

Livre Facteurs en France - portraits et photos de postiers - Le metier de postier rentre de le cadre des concours de la fonction publique. D ailleurs son statut est celui de fonctionnaire. La difficulté, c’est au moment des étrennes. Chacun veut y aller de son verre de blanc. Ce n’est pas toujours facile de dire non, car les gens le prennent mal ! Ils se vexent facilement. C’est un peu comme si on était à eux. Le facteur, il est dans le paysage. C’est le quotidien des gens, il fait partie de leur vie. La difficulté c’est que nous aussi on s’attache aux gens. On n’aime pas les voir partir. Mais malheureusement on est souvent aux premières loges… C’est comme une part de vous qui s’en va en lambeaux. C’est une grande chance pour moi d’être devenu facteur. Ça m’a obligé à sortir de ma carcasse. J’étais tellement timide ! Tellement coincé ! J’ai appris à aller vers les gens, à les écouter, à plaisanter avec eux. J’ai compris qu’on a beaucoup de chose en commun, même si l’apparence dit autre chose. Et finalement, je trouve que les gens sont plutôt bien disposés. C’est rassurant sur la nature humaine. Et c’est ce qui me fait dire que je me verrais bien rester encore vingt-cinq ans sur cette même tournée !

GILLES FOUCHE
CENTRE COURRIER DE VITRE
11 RUE PIERRE ET MARIE CURIE
BP 20631
35506 VITRE

Ecouter la chronique RTL de Gilles Fouché, facteur à Vitré (35)

Une réponse to “La timidité apprivoisée”

  1. HOUDUSSE a écrit :

    Monsieur FOUCHE,
    Bonjour ma fille est a la recherche de la demarche pour devenir factrice apres formation dans un centre de la poste .
    des informations de votre part seraient bienvenues pour avoir la marche a suivre.
    merci d’avance
    nous habitons a 9kms de fougeres ( 35 ) ,nous sommes donc ” voisins” .
    merci d’avance
    salutations
    HOUDUSSE . Jean

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