La tournée du Père Noël
Jean-Paul Blondeau, facteur à Cande sur Beuvron (41). Paysages souples, lumière florentine, bleu du fleuve enchâssé dans les sables : nos rois, princes et ducs ne s’y étaient pas trompés en choisissant les bords de Loire pour bâtir leurs demeures. Au pays des châteaux, non loin de Blois, Jean-Paul Blondeau distribue le courrier sur trois villages : Rilly, Les Montils, et Chaumont. Depuis douze ans, il offre sa bonne humeur aux habitants. Né dans un de ces bourgs paisibles tournés vers le fleuve, à Chouzy-sur-Cisse, Jean-Paul est entré à La Poste en 1975 : « C’était ça ou les Pompes Funèbres. Je n’ai pas hésité, je crois que je n’avais pas tout à fait le profil croque-mort. » C’est le moins que l’on puisse dire. Toujours une plaisanterie au bord des lèvres, ce facteur farceur prend la vie du bon côté. Quelques jours avant les fêtes de fin d’année, il revêt sa tenue de Père Noël pour faire sa tournée.
Après quinze ans de centre de tri, par goût du contact humain, il a choisi de devenir facteur.
Jean-Paul, le farceur, est loin d’être un simple plaisantin mais cherche à donner un peu de douceur dans un monde qui en manque singulièrement, y compris en Val de Loire. Sa tournée, dans cette campagne où fleurissent les gentilhommières, paraît idyllique. Pourtant, la ruralité n’est pas une fête et le décor est parfois trompeur ; à côté des châteaux et des parcs, derrière les somptueuses architectures, la vie des villages s’alanguit. Jean-Paul le sait bien, lui qui a été élu local dans sa commune ligérienne de Chouzy-sur-Cisse, pendant toute une mandature. À l’évidence, ses plaisanteries et son idée de se déguiser ne sont que le prolongement de sa priorité quotidienne : le service aux autres. Il est ainsi Jean-Paul, coeur tourné vers son prochain. Cette générosité est précieuse : « On ne reçoit pas forcément que des bonnes nouvelles, convient une de ses clientes. Mais, quand un petit mot gentil accompagne une facture, ça passe mieux. » C’est bien l’avis de Jean-Paul qui cherche à insuffler de la douceur sur les bords de la Loire.
“D’une certaine façon, je crois encore au Père Noël et je suis persuadé que l’on peut changer le monde.
Quand, j’ai pris cette tournée, il y a douze ans, j’ai tout de suite eu envie de me déguiser en Père Noël. Je sais bien que l’idée n’est pas si originale que ça et que d’autres collègues le font. Mais, personne ne s’était lancé dans cette région. Je ne me suis pas précipité et j’ai laissé passer les deux premières années, pour être sûr d’être accepté par mes clients. Je ne voulais pas rater mon coup. La troisième année, j’ai acheté des guirlandes, des boules de Noël, un déguisement et des crottes en chocolat pour les enfants. Ma voiture décorée comme un arbre de Noël, j’ai franchi le pas. J’avais un peu le trac. Je me demandais quelles réactions mon déguisement allait susciter. À un moment, j’ai garé ma voiture sur la place d’un village, pour distribuer à pied les maisons environnantes. Un client a repéré ma Clio jaune, il était en voiture lui aussi, il est descendu pour que je lui donne son courrier. Quand il m’a vu, il n’a pas tout de suite réalisé, et puis il est parti d’un immense éclat de rire, il se tapait les cuisses, on ne pouvait plus l’arrêter. Là , je me suis dit : “Popol, t’as gagné !�
Depuis, chaque année, quelques jours avant Noël, j’endosse mon habit rouge.
Les enfants sont fascinés, ils me détaillent de la tête aux pieds. Il faut voir leur bouche ouverte, leurs yeux écarquillés, ils en prennent plein la vue. Moi, tout ça me transporte de plaisir. C’est un des buts de ma vie de pouvoir laisser quelque chose de positif derrière moi. À mon sens, après le métier de sage-femme, le plus beau métier du monde, c’est facteur. Si je me déguise ainsi, c’est que j’y vois un joli symbole. Le Père Noël a sa tournée, comme nous. Nous passons dans chaque foyer pour distribuer le courrier. Comme les villages par ici ne sont pas très animés, il serait dommage de me retenir alors que je peux contribuer à ma façon à donner un peu de joie. C’est tous les jours qu’il faut y penser même si Noël est un moment important. C’est pour cela que je m’efforce d’être proche des gens, de les aider dans la mesure de mes moyens. Nourrir un animal quand son maître est à l’hôpital ça me paraît naturel. Comprendre les attentes des uns et des autres aussi. S’arrêter pour parler, partager un moment, plaisanter de tout et de rien, ça remonte le moral à des gens qui sont parfois isolés dans leur campagne. Nous sommes là pour rendre un service. À chacun de voir ce que ce mot contient.�
JEAN-PAUL BLONDEAU
CENTRE COURRIER DE CANDE SUR BEUVRON
15 RUE COLIVAUT
BP 50041
41121 CANDE SUR BEUVRON CEDEX
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