Landais d’adoption
Christian Rose, facteur à Capbreton (40). C’est l’un des rares Français à appréhender la période des vacances. Pour Christian Rose, l’arrivée des estivants à Capbreton – dans les Landes, comme son nom ne l’indique pas – est synonyme d’une tournée plus longue, de multiples tracas pour circuler à bicyclette sur le front de mer. Sans parler de « l’appel de la grande bleue » : quand la chaleur devient lourde, Christian poserait bien son vélo pour aller «piquer une petite tête » dans l’océan. En hiver, changement de décor. Le vent souffle parfois violemment et les dix-sept kilomètres en deux roues ne ressemblent en rien à une promenade de santé.
«Certains jours de tempête, la route est tellement inondée qu’il est difficile de servir certains clients», explique-t-il. Christian distribue également le courrier derrière le front de mer. « Un autre monde !» avec de plus en plus de résidences aux multiples boîtes aux lettres sur lesquelles figurent uniquement le numéro des appartements. Charge à Christian de se débrouiller alors que seul le nom du destinataire est inscrit sur les lettres. Avant d’entrer dans ce qui s’appelait alors les PTT, comme télégraphiste à Lyon, Christian s’est essayé à divers métiers : livreur, barman dans des stations de ski et de bord de mer, et même chauffeur de Charles Hernu à Villeurbanne. Depuis sept ans, il a posé ses valises dans les Landes. Aujourd’hui, il a suspendu ses activités de pompier volontaire, trop occupé par ses deux jeunes enfants. Mais il assure des permanences bénévoles à la protection civile pour des événements sportifs ou festifs. Ainsi, régulièrement, il ramasse des touristes sur le carreau. Des vacanciers présomptueux qui ont tenté de se mesurer aux célèbres vaches landaises !
Le métier de facteur, c’est formidable pour s’intégrer dans une région.
Lors de ma première tournée, j’ai rencontré un pêcheur qui m’a dit :«Tu n’es pas d’ici toi !» Depuis, ils me considèrent tous comme l’un des leurs. Il suffit de faire correctement son métier pour que les gens vous respectent et vous apprécient. Cela passe souvent par des petits services : changer une bouteille de gaz, apporter des médicaments, arranger quelque chose dans le jardin…Je n’aurais jamais imaginé être facteur, encore moins à Capbreton où je suis venu en vacances avec mes parents. Je suis originaire du Forezet c’est à Paris que j’ai rencontré ma femme qui est landaise. Je réussis à garder une attache avec mon pays grâce à une cliente de quatre-vingts ans, qui vient de ma région. Elle est abonnée au journal local. Chaque matin, je lui apporte La Montagne, elle me découpe des articles et me les donne. Cela me permet de rester au courant. Il m’arrive aussi de renouer le lien grâce aux touristes.
Un jour d’été, j’ai remarqué un autocar immatriculé dans la Loire. Je me suis approché et j’ai eu la surprise devoir descendre le boucher et le pâtissier de mon village.
Je les ai invités à passer la soirée chez moi. Certains touristes reviennent chaque année et deviennent des clients réguliers. Je discute souvent football avec des Anglais, des supporters de Manchester. Saint-Étienne et les Verts, eux, ils connaissent ! J’ai également sympathisé avec des Lensois, de véritables acharnés du ballon rond. Ils n’hésitent pas à interrompre leurs vacances pour remonter assister à un match dans le Nord et revenir ensuite reprendre le cours de leur séjour ! Des footballeurs, on en croise beaucoup au Centre européen de rééducation du sportif. C’est ici que Ronaldo a passé une partie de sa convalescence après son accident au genou. Je lui apportais son courrier et je relevais les lettres qu’il envoyait dans la boîte aux lettres en face du centre. C’est fou le courrier que les footballeurs reçoivent du monde entier ! L’équipe du Paris-Saint-Germain vient aussi souvent en stage dans la région et se fait soigner au centre. Quand des stars sont dans les parages, les gens me demandent tous les jours si je peux leur obtenir des autographes. Mais dans les Landes, les rugbymen sont parmi les plus recherchés. Les footballeurs, on les appelle les «pousse cuye ». En patois, « cuye » signifie courge !
CENTRE COURRIER DE CAPBRETON
BOULEVARD DOCTEUR JUNQUA
40130 CAPBRETON
Ecouter la chronique RTL de Christian Rose, facteur à Capbreton (40)