Le petit-fils du briquetier

Livre Facteurs en France - Portraits de facteurs - Pour devenir facteur, Joël a réussi le concours de la poste. Désormais il distribue le courrier à Villers Bocage.Joël Deweer, facteur à Villers Bocage (80). Comment ça va ta maman ? Et ton papa ? À Rainneville, petit village à quelques kilomètres d’Amiens, on demande au facteur des nouvelles de ses parents puis on s’intéresse au courrier… Joël Deweer allait déjà d’une maison à l’autre quand il était en culottes courtes. Son père, c’est Serge, l’ancien maire. C’est chez lui que les habitants se rendaient à 9 heures du soir pour réclamer une fiche d’état civil. C’est encore chez lui que l’on vient passer un moment, quand le temps paraît long. Chez Pierre, le maire d’avant, Joël trouve le café servi tous les matins. Il y fait halte sans faute, sous peine de réprimande. Il y a Jacques, le nouveau maire, à qui il a appris à jouer au football.
Livre Facteur en France - Portraits de facteurs - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.

Il y a l’ami de tous, Aldo, le carreleur dont les parents sont venus du Frioul pour travailler à la briqueterie, et qui a écrit l’histoire de cette époque pour une revue locale. Plus d’une fois, Joël a ramené à la maison sa mère, Monica : sur la fin de sa vie, elle se perdait dans ce village qu’elle connaissait si bien. Sans oublier Michel, le cousin, qui couvre le secteur pour France Telecom, Denise, et tant d’autres comme l’ancienne secrétaire de mairie, qui a tenu à l’avoir auprès d’elle, le jour de son départ en retraite… Avec ceux qui comptent dans sa vie, Joël Deweer n’a jamais pu – ou voulu – prendre ses distances. Ironie du sort : sa fille a épousé un chimiste américain et son unique petit-fils vit… aux États-Unis. Un éloignement dont il se serait bien passé.

“J’ai eu très peur le jour où l’on m’a dit : « Tu vas faire la tournée de Rainneville !»

Je suis l’enfant du pays. Comme beaucoup de Belges, mon grand-père paternel est arrivé dans les années trente, pour travailler à la briqueterie avec les Italiens et les Lorrains… La famille de ma mère est originaire de la Meuse. Moi, je suis né ici, en 1952, et j’y ai tout fait : l’école, le club de football, le club de volley-ball, où j’ai entraîné les jeunes quand mes enfants y jouaient… J’y ai rencontré ma femme, ses parents tenaient le café. Au fond, j’ai quitté Rainneville uniquement pour entrer à La Poste, à dix-huit ans. J’ai fait des remplacements : cinq ans à Saint-Denis et à Sarcelles, près de Paris. Vous voyez le changement ! Puis, je me suis rapproché avant d’être nommé ici. Je ne me sentais pas capable de sonner aux portes dans mon propre village.

Le facteur sait beaucoup de choses sur la vie des gens : je craignais qu’ils n’élèvent des barrières. L’effet inverse s’est produit…et cela dure depuis vingt-cinq ans.

Humour, portraits insolites, travail, histoires vraies... le livre Facteurs en France est à la fois une chronique et un documentaire sur le metier de facteur à la poste en France.Du temps des poêles à charbon, jen ai rechargé un grand nombre ; je nourris les bêtes quand leurs propriétaires sont absents. Un jour, chez un agriculteur, j’ai même aidé une vache à vêler. Évidemment, le veau a été appelé Joël… Et puis je remplis les papiers, les feuilles d’impôts, j’ai même aidé pour des successions. Les gens me font confiance. Du coup, tous les mois, je perçais le plafond de mes objectifs quand on nous demandait d’insister sur l’aspect financier et d’ouvrir des comptes. Cette année, mes parents sont tombés malades au moment des étrennes. Alors, pour la première fois, j’ai glissé les calendriers dans les boîtes avec un petit mot d’excuse, promettant de repasser plus tard. Tous les midis, je pourrais manger chez un client. Ma tournée dure toujours une ou deux heures de plus que celle des autres. Je ne laisse jamais un avis de passage pour un recommandé ou un colis quand mes clients sont absents. Je les représente à un moment où je sais que les gens sont là…

On peut vraiment dire que je suis facteur 24 heures sur 24.

On m’appelle chez moi le soir pour me demander des sous pour le lendemain. Heureusement, je n’habite pas Rainneville mais Villers-Bocage, sinon je ne verrais plus ma femme. Quand je prends des vacances, je mets au moins trois jours à changer de rythme. Au retour, j’accuse aussi le choc quand je redémarre. Il y a sept ans, on m’a proposé de changer de poste. C’était une belle promotion. Je n’en ai pas dormi pendant plusieurs nuits. Finalement, j’ai refusé. Ma femme pense que je suis incapable de quitter mon clocher. Quand je calcule le montant de ma future retraite, je me demande si je n’ai pas eu tort.

JOEL DEWEER
CENTRE COURRIER DE VILLERS BOCAGE
2 RUE DE LA POSTE
80260 VILLERS BOCAGE

Ecouter la chronique RTL de Joël Deweer, facteur à Villers Bocage (80)

Une réponse to “Le petit-fils du briquetier”

  1. macé jean piere a écrit :

    bravo a notre facteur de notre village un homme simpatique correcte tjr souriant il est o top notre facteur bravo joel bonne continuation

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