Le régional de l’étape
Daniel Renaudin, facteur à Poligny (39). Ben alors, il est en vacances le facteur ? La remarque est un brin désobligeante vis-à -vis de Daniel Renaudin, sur le pont depuis 6 h 30 ce matin. Il ne s’en offusque pas. Il connaît par coeur ces réactions quand lui, le facteur « remplaçant », se présente en lieu et place du titulaire de la tournée. Ce statut d’intermittent du courrier, il l’a souhaité alors que tant de ses collègues ne rêvent que de disposer de leur propre tournée. Il y a quatre ans, il a passé un concours pour devenir facteur de secteur. Quelques responsabilités supplémentaires, un peu d’argent aussi en plus, et, surtout, la certitude de changer chaque semaine de tournée au gré des absences. La routine, ce n’est pas son truc.
Et puis à Poligny, Daniel est loin d’être un anonyme.
Né ici il y a trente-huit ans, revenu au pays il y a quatre ans, ce n’est pas un ratrait – un étranger en franc-comtois. À Buvilly, l’un des bourgs de sa tournée du jour, les habitants l’attendent à côté des boîtes : « Vous pouvez m’envoyer ce colis ? Je vous donne des sous, vous me mettrez la monnaie dans la boîte », lui demande une dame âgée en tablier à fleurs. Chez Madame Pierre, qui se déplace difficilement, il entre sans frapper déposer le courrier. En chemin, il pointe du doigt la maison d’un copain d’école, perdu de vue puis retrouvé au hasard d’une tournée. Un peu plus loin, c’est celle de l’ancienne nounou de ses cousins, qu’il va saluer dès qu’il en a l’occasion. Dans son rôle de « doublure de luxe », Daniel couvre plus de 4 000 clients. Il dit qu’il ne les connaît pas tous. On jurerait le contraire.
« Le jour où j’ai su que j’allais apporter le courrier à mes parents, ça m’a fait tout drôle. »
« Et ce n’était rien par rapport au moment où je suis entré dans la maison pour le remettre. Je suis né à Poligny. Ma mère et mon père vivent à dix kilomètres d’ici et une grande partie de ma famille est restée dans la région. Forcément, cette donne change mes rapports avec les gens du cru. Je travaille en alternance sur douze tournées. Même après quatre ans, ce n’est pas évident de connaître tout le monde. Les clients, en revanche, se souviennent plutôt bien de moi. Avec le bouche à oreille, j’entends souvent des “ ah, c’est lui l’fils Renaudin ?�. Le contact s’établit d’autant plus facilement.
De toute façon, les gens s’intéressent au facteur.
Ceux qui ne me connaissent pas m’abordent aussi. Ils veulent savoir comment je m’appelle, d’où je viens, depuis combien de temps je travaille à La Poste… Même après plusieurs semaines d’absence, certains m’accueillent en me disant : “Tiens, ça faisait longtemps qu’on ne vous avait pas vu…â€? Les relations dépendent bien sûr des tournées. Les plus urbaines ne facilitent pas les rencontres. Mais d’autres, comme à Oussières par exemple, comportent une foule de maisons sans boîtes aux lettres et on rentre chez les gens. Dans ces cas-là , même le remplaçant a droit aux traditionnelles invitations : “Allez facteur, fait pas chaud, venez donc boire un café !â€? Chez certains, il est impossible de dire non. Il faut même parfois batailler ferme pour refuser le “p’tit coup à boireâ€?. Comme à Buvilly, chez René, un ancien producteur de comté toujours prêt à vous ouvrir les portes de son carnotzet, sa petite cave personnelle.
C’est ce qui me plaît dans le métier de facteur, c’est l’indépendance.
C’est de ne pas avoir de chef sur le dos du moment que le boulot est fait et, surtout, c’est le rapport privilégié avec les clients. C’est encore plus vrai avec ce poste de facteur de secteur. Une semaine je suis en auto, la suivante à pied, la troisième à vélo ; un coup en plaine, un coup en montagne ; une fois en ville, une autre à la campagne…
Tout n’a pas été toujours aussi rose. Après le concours, j’ai travaillé huit ans en Seine-Saint-Denis. Ce n’était pas le bagne, mais pas loin pour quelqu’un qui vient de la campagne comme moi. J’ai transité ensuite par le Doubs avant d’être nommé à Poligny. Maintenant que je suis revenu chez moi, je ne bouge plus. Bien que cela présente parfois quelques inconvénients. À Oussières, le village où vivait ma grandmère, les habitants m’ont vu grandir et je suis connu comme le loup blanc. Quand j’assure cette tournée, je sais par avance que ma semaine va être longue. Très longue. »
DANIEL RENAUDIN
CENTRE COURRIER DE POLIGNY
8 AVENUE DE LA REPUBLIQUE
39801 POLIGNY CEDEX
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