Le siffleur
Didier Desrat, facteur à Troyes (10). Après la célèbre tournée à l’américaine immortalisée par Jacques Tati dans Jour de fête, voici la tournée à la française de Didier Desrat. Ce 5 juillet 2006, au matin de la demi-finale de la coupe du monde France-Portugal, cet inconditionnel de l’AJ Auxerre arbore un visage peint en bleu, blanc, rouge, une perruque tricolore sur la tête, et un maillot de l’équipe de France sur le dos.
Succès garanti. Des coups de klaxon et des « Allez les Bleus » accompagnent son passage à bicyclette dans les rues de Troyes qu’il emprunte pour se rendre dans le quartier populaire où il distribue le courrier depuis vingt-cinq ans. Didier Desrat est fidèle à Troyes depuis 1974, année de son retour du service militaire. Auparavant, il avait passé une année à Montreuil en Région parisienne.
« Il est vraiment incroyable ! »
Ses clients n’en reviennent pas. Pourtant, ils commencent à connaître ses facéties, lui qui, depuis cinq ans, s’habille en Père Noël pour la tournée du 24 décembre. Dans les immeubles, ils sont nombreux aux fenêtres à l’applaudir et l’encourager, y compris des Portugais. Didier annonce son arrivée par un « Youpee », lancé sur un ton suraigu. Surnommé le « siffleur », car il ne cesse de siffloter tout au long de sa tournée, sa réputation dépasse même le quartier, selon les dires de certains de ses clients qui, pour rien au monde, ne changeraient de farceur. Jeannine, quatre-vingts ans, dit de lui : « Ce n’est pas le facteur, c’est mon ami. Il est bon, il est droit, il est juste. » Car s’il est connu pour ses pitreries, Didier Desrat est surtout apprécié pour sa discrétion et sa gentillesse. “C’est la première fois que mes clients me voient peinturluré en supporter.
Ils ne sont pas trop surpris car ils ont appris à me connaître en vingt-cinq ans.
Même si je ne suis pas du genre à me faire remarquer, ils savent que j’aime bien rigoler et faire le pitre. Une année, j’ai eu l’idée de me déguiser en Père Noël pour le 24 décembre. Cela m’a pris comme cela, pour changer, pour casser la routine. J’ai demandé à mon chef qui m’a donné son autorisation. Cette initiative égaye la tournée et met les gens de bonne humeur. Depuis, c’est devenu une tradition. D’ailleurs, L’Est Éclair, le journal local a consacré un article à ma tournée de Noël.
En même temps, je distribue des bonbons aux enfants.
Les plus drôles, ce sont les petits. Il faut les voir me regarder avec leurs grandes billes. Ils restent bouche bée, même s’ils ne sont pas très rassurés d’embrasser le Père noël. Les plus âgés, eux, me reconnaissent, même si leurs parents essayent de leur faire croire que je suis vraiment le Père Noël. “Mais si Maman, je te dis que c’est le facteur�, insistent-ils. Du haut des immeubles, certains m’appellent pour que je monte voir les enfants et pour prendre des photos. Chez certains, je repasse en fin de tournée quand les petits sont rentrés. Pour la coupe du monde, j’ai quand même réussi à en surprendre quelques-uns, surtout une dame âgée à qui j’apportais un recommandé et qui m’a dit : “C’est pourtant pas carnaval en plein mois de juillet !� Elle ne devait pas s’intéresser au football.
C’est vrai que j’aime bien me déguiser, dans ma vie professionnelle comme dans les occasions privées : je suis arrivé habillé en Égyptien à un mariage et j’ai eu un franc succès.
En fait, je ferai merveille à Nigloland, le parc d’attraction à côté de Troyes. Ce côté facétieux renforce encore les contacts avec mes clients. En fin de tournée, quand j’ai fini mon travail, je prends plaisir à rendre visite à certains et à rester discuter un petit quart d’heure avec l’un ou l’autre. Aujourd’hui, je vais chez Jeannine, 80 ans. Elle dit que je fais partie de sa famille et que je suis le seul homme que son fils autorise à l’approcher. C’est une femme extraordinaire qui a toujours plein d’histoires à raconter. Il m‘arrive de lui faire des courses que je lui apporte l’après-midi avec ma voiture. Je me rends aussi chez Cécile, 82 ans. Comme il fait très chaud, je sais qu’elle ne sortira pas de chez elle. Alors, je lui apporte son pain, c’est aussi ça le contact.�
DIDIER DESRAT
CENTRE COURRIER DE TROYES
BP 400
2 PLACE SAINT VINCENT DE PAUL
10025 TROYES CEDEX
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