Les leçons de courage invisibles

Livre Facteurs en France - Pour devenir postier, Serge a réussi le concours de facteur. Désormais il distribue le courrier à Le Quesnoy. Serge Cordelle, facteur à Le Quesnoy (59). Populaire depuis toujours dans son village de Poix-du-Nord, Serge Cordelle n’a pas toujours été facteur. Jusqu’à trente ans, il exerçait comme maçon-carreleur. C’est l’arrivée d’un nouveau receveur au bureau de poste, situé juste en face de la maison familiale, qui change le cours de sa vie professionnelle. Très vite, celui-ci repère le sens du contact exceptionnel de son voisin. Et n’a de cesse de l’embaucher. Serge Cordelle a fini par se laisser convaincre, même si la perspective de laisser sa famille pour aller « faire ses classes » en région parisienne ne l’enchantait guère. C’est à son retour à Poix, quatre ans plus tard, qu’il réalise combien le receveur avait vu juste. Presque chaque après-midi, ils repartent ensemble ouvrir comptes et livrets chez les clients convaincus par Serge pendant sa tournée du matin. Celui-ci se souvient encore avoir donné le biberon à un nourrisson, pendant que son premier livret était ouvert. Plusieurs années de suite, le petit bureau « aux 3 facteurs » se distingue par ses résultats, face aux « grands » d’Aulnoye ou du Quesnoy. Serge Cordelle y gagnera plusieurs voyages et des articles dans la presse locale.

« Notre métier est un métier de relation, affirme-t-il avec conviction. Pas besoin de faire des affiches : notre meilleure publicité, c’est nous-même !»

L’un de ses clients, l’écrivain Dominique Sampierro, le dit d’une manière plus poétique : «Je l’aime parce que j’aime les leçons de courage invisibles. Ensemble, nous refaisons le monde quelques minutes par jour. Et puis, la voisine a eu la mauvaise idée de mourir quand il était malade : je ne l’ai même pas su. »

Ma tournée ? Les collègues l’ont surnommée « la tournée à chiffons ».

Livre Facteur en France - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.C’est le signe que mes clients mettent sur leur boîte aux lettres pour me demander d’entrer. Et, effectivement, il y a beaucoup de chiffons. Rapporter une bouteille de gaz, remplir le poêle à charbon, descendre une botte de foin, passer à la pharmacie… Quand je m’aperçois qu’une vieille personne a mauvaise mine, je file chez les voisins et je leur demande de repasser dans la journée. Ou je préviens la fille ou le fils dans le village d’à côté. Plus d’une douzaine de fois, j’ai ramassé des personnes âgées qui étaient tombées la veille ou durant la nuit. Qui sait si elles ne seraient pas mortes là, sans personne ? Sur ma tournée, elles sont nombreuses à m’appeler « leur rayon de soleil ». Elles ne savent pas quoi faire pour moi : je repars avec un poulet, un morceau de beurre ou du pissenlit tout frais quand c’est la saison !

Il y a quelques mois, il m’arrivait de faire une partie de ma tournée avec un perroquet sur l’épaule : Biscoto. Il appartenait à des clients qui le laissaient vivre en semi-liberté, la fenêtre ouverte, et il s’était très vite attaché… au jaune de ma voiture !

S’il était en maraude avec ses amis les corbeaux à mon arrivée dans le village, je sifflais et il accourait aussitôt. Malheureusement, il a fini par prendre l’air pour de bon. Comme je m’y étais habitué, je me suis offert un perroquet que j’ai appelé… Biscoto. Livre Facteurs en France - portraits et photos de postiers - Le metier de postier rentre de le cadre des concours de la fonction publique.Mais celui-là reste tranquillement à la maison. Chez moi, c’est toujours le cœur qui parle en premier. Peut-être à cause des épreuves que j’ai subies… Ma mère est morte quand j’avais treize ans. À l’adolescence, ma fille a eu une maladie qui a bien failli la laisser aveugle. Et il y a quatre ans et demi, ma femme a été emportée en quelques semaines par un cancer. Notre dernier avait onze ans. Alors, je ne supporte pas de voir quelqu’un dans la peine : ça me donne tout de suite envie d’arranger les choses. Je pense que si le malheur sert, c’est à comprendre la vie. Pour recevoir, il faut d’abord savoir donner. Pour ma part, je n’ai jamais compté mon temps dans la vie associative, qu’il s’agisse de s’occuper des jeunes ou de soutenir des actions caritatives. Quand ma femme est morte, je n’ai pas regretté les services que j’ai rendus depuis plus de vingt ans que je suis facteur ici. À l’enterrement, les maires de mes trois villages ont apporté une gerbe. Sur la tournée, tout le monde avait un mot gentil. Les clients qui pouvaient m’aider, par exemple à trouver de bonnes écoles pour les enfants, l’ont fait. C’est en reprenant le travail que j’ai repris la vie. Aujourd’hui encore, je sais que je peux frapper à toutes les portes.

CENTRE COURRIER DE LE QUESNOY
PLACE DU GENERAL LECLERC
59530 LE QUESNOY

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