Rêve de campagne

Livre Facteurs en France - Portraits de facteurs - Pour devenir postier, Stéphanie a réussi le concours de facteur. Désormais elle distribue le courrier à Dijon.Stéphanie Muzeau, factrice à Dijon (21). Stéphanie Muzeau rêve de renouer les fils entre son présent de factrice et son enfance à Saint-Jean-de-Losne, petite bourgade de la Côte-d’Or. Non pas qu’elle se déplaise à Dijon, où elle travaille depuis maintenant quatre ans. Mais cette jeune femme un brin nostalgique se sent plus factrice des champs que factrice des villes. Question de proximité avec les gens, d’authenticité des rapports humains, de qualité de vie aussi. Alors, quitte à sillonner des petites routes de campagne pour distribuer le courrier, elle préférerait autant celles du village qui l’a vue grandir. Si ce n’est pas une vocation, ça y ressemble diablement.

Plutôt paradoxal quand on sait que La Poste n’était pas son premier choix mais une alternative au chômage que lui promettait son BTS d’assistante de direction. Elle y a trouvé un métier qui lui plaît, ainsi que son conjoint, David – confirmant la réputation de La Poste d’être « la plus grande agence matrimoniale de France ». Aujourd’hui, en tout cas, il ne lui viendrait pas à l’idée d’échanger sa place contre un travail de bureau, rivée derrière un ordinateur, avec un patron en permanence sur le dos. En attendant que son rêve bucolique se réalise, elle fait de son mieux pour préserver ce que l’anonymat des grandes villes s’ingénie à faire disparaître : le dialogue, la solidarité, le lien social, le sens du service… La jeune factrice ne compte pas son temps dès lors qu’il s’agit de rompre la solitude des personnes âgées, d’écouter les malheurs des uns ou de donner un coup de main aux autres.

Je suis entrée à La Poste par hasard.

Humour, portraits insolites, travail, histoires vraies... le livre Facteurs en France est à la fois une chronique et un documentaire sur le metier de facteur à la poste en France.« Un boulot d’été comme guichetière au bureau de Saint-Jean-de-Losne, là où j’habitais. J’ai adoré. L’ambiance, les casse-croûte avec les collègues qui partaient ensuite en tournée, l’entraide quand quelqu’un était enfoncé, la cordialité des rapports avec les clients. J’ai fait ça deux années de suite, en 1998 et 1999… Ça m’a donné envie de passer le concours. Peut-être que le facteur de mon enfance m’a aussi poussée inconsciemment vers ce métier. Je me rappelle encore quand, toute petite, j’ai crié à mes parents : “C’est drôle, le Père Noël s’est déguisé en facteur ! Le facteur de mon village faisait chaque année le Père Noël pour les enfants de l’école et, comme je le connaissais bien, j’avais reconnu ses chaussures sous son costume. Ça m’a un peu embrouillée… Il arrivait en klaxonnant avec sa mobylette, je sortais en courant de la maison, c’était un mini événement quotidien. En tout cas, j’ai toujours eu – comme bon nombre de Français, je pense – une image très positive du facteur. Après deux ans et demi à Nanterre, je me suis retrouvée à Dijon en mars 2002. Depuis, je suis factrice remplaçante. C’est un peu casse-pieds de changer de tournée chaque semaine. Bien sûr, notre métier consiste avant tout à distribuer le courrier. Mais moi, ce que j’aime, c’est le contact, discuter avec les gens, leur rendre service. Pas facile quand on est un éternel remplaçant, de surcroît sur des tournées urbaines.

Heureusement, comme je suis rouleur de cycle – neuf tournées en rotation hebdomadaire – je commence à connaître un peu les clients.

Livre Facteur en France - Portraits de facteurs - Le facteur est le lien entre le bureau de poste et la boite aux lettres. Chaque jour, il distribue le courrier et écrit l'histoire de la Poste.Il y a cette dame, par exemple – je l’appelle ma p’tite mamie –, à qui je monte son courrier. Petit à petit, une relation s’est créée. Elle m’appelle par mon prénom et, comme elle ne voit plus très bien, elle me demande de lui dire ce qu’elle a reçu. Régulièrement, je lui débouche ses bocaux parce qu’elle n’a plus la force de les ouvrir. Un jour, j’ai aussi passé un bon moment avec elle pour régler un problème avec son téléphone.

Sur les neuf tournées que j’assure, j’ai repéré quelques autres dames âgées.

Quand elles ont besoin de nous, elles laissent une pince à linge ou un petit mot sur leur boîte aux lettres. Je monte les voir, on parle un moment, elles me demandent de menus services : retirer de l’argent de leur compte postal ou emmener une lettre à peser et à affranchir. Mais le problème de la ville, c’est de ne pas voir grand monde à part les personnes âgées. Les gens sont stressés, toujours pressés. C’est pour cette raison que j’ai envie de revenir à mes premières amours : à la campagne, les relations sont vraiment différentes, plus vraies. »

STEPHANIE MUZEAU
CENTRE COURRIER DE DIJON
1 BIS RUE CLEMENT DESORMES
BP 17421
21074 DIJON CEDEX

Ecouter la chronique RTL de Stéphanie Muzeau, factrice à Dijon (21)

Laissez une réponse