Un Ange passe
Ange Menges, facteur à Fenouillet (31). Qui n’a pas suivi Ange Menges dans sa tournée ignore tout du slalom en Mobylette, exercé avec brio et, bien sûr, dans les limites de la sécurité. Ave un plaisir évident, il virevolte de boîte en boîte, laissant son suiveur pantois et lui ôtant rapidement toute envie de l’imiter. Un Ange passe… N’allez pas croire que le facteur expédie sa tournée. Bien au contraire, il distribue presque autant de bises et de poignées de mains que de lettres. « Je suis le papy du centre!», clame-t-il du haut de ses cinquante-cinq ans. Voilà maintenant un quart de siècle qu’il distribue le courrier dans la même commune : Lespinasse, un village de 2000 habitants, non loin de Toulouse.
Autant dire qu’il connaît chacun de ses clients et en a vu naître un certain nombre. D’ailleurs, son espace du centre de distribution est décoré de dessins offerts par les enfants de ses clients.
« Si tous les facteurs étaient comme Ange, il n’y aurait jamais de problèmes»,
affirme ce patron d’une société de transport. Manifestement, Ange est aussi apprécié des entreprises que des particuliers sur sa tournée. Certains l’attendent sur le pas de la porte, telle cette femme adepte de concours en tout genre. Même « Pompon » est de la partie : dès qu’il entend le bruit de la Mobylette, le canard abrège son bain dans le canal du Midi pour déguster le déjeuner apporté par Ange. « Au centre, je fais le facteur, dans la rue, je suis l’acteur!», sourit-il. Un acteur sincère. « Qu’est-ce que vous s voulez que je vous dise, résume une secrétaire dans une entreprise. C’est Ange!» Un prénom prédestinépour un facteur honoré par sa ville en raison de son ancienneté, des services rendus et de sa relation avec ses clients.
“Ma gorge s’est nouée quand le maire de Lespinasse m’a décerné la médaille de la ville.
Je suis monté sur l’estrade et j’ai bafouillé quelques mots, tellement j’étais ému. Pourtant, je ne suis pas le dernier à raconter des histoires ou à blaguer, même si je suis plutôt timide. Lespinasse, c’est mon fief, mon « chez moi ». Tous les jours je passe voir « mes mamies ». Si j’oublie, elles s’inquiètent et elles appellent pour prendre de mes nouvelles. C’est fou comme l’on peut s’attacher aux gens. À Noël, toute la commune se pare de décorations, et un concours récompense les plus belles œuvres.
Une année, les festivités ont eu lieu alors qu’une vieille dame venait de perdre son mari. Je suis passé un après-midi avec des voisins pour l’aider à illuminer sa maison.
Cela nous a valu un reportage de France 3. D’ailleurs, j’ai eu droit plusieurs fois aux honneurs de la presse. Quand je suis tombé de mon toit voilà deux ans, La Dépêche du Midi m’a consacré un article. Je suis resté immobilisé pendant six mois, comme un ours en cage. Heureusement que j’ai été soutenu : j’ai reçu des cartes postales de nombreux clients, alertés par l’article de La Dépêche. Ce que je déteste par-dessus tout, ce sont ces nouvelles résidences qui multiplient les serrures et les interphones. Quand les boites aux lettres sont placées à l’extérieur, on ne voit jamais personne, sauf de temps en temps pour les recommandés.
Ailleurs, c’est vraiment l’ambiance village. Je suis même étonné de la rapidité avec laquelle fonctionne le bouche à oreille. Je n’ai pas le temps de me présenter aux nouveaux clients qu’ils m’appellent déjà Ange.
C’est sûr, dans un an, lorsque je devrais « décrocher », je verserai des larmes. Mais je partirai l’esprit tranquille et la tête haute. Au village, ils disent : « Ange, un jour, tu auras ta rue ».
ANGE MENGES
CENTRE COURRIER DE FENOUILLET
RUE DE LA POSTE
BP 65250
31151 FENOUILLET CEDEX
Ecouter la chronique RTL d’Ange Menges, facteur à Fenouillet (31)