Un facteur branché
Dominique Dieudonné, facteur à Paris (75). Alors que certains facteurs venus de province ne font qu’un petit tour à Paris avant de s’en retourner dans leur région d’origine, Dominique Dieudonné a choisi d’y rester plus que de coutume. Il avait bien demandé quelques affectations mais les propositions faites ne lui plaisaient pas suffisamment pour repartir. Bien lui en a pris car Dominique est devenu, derrière son petit air narquois, l’un des facteurs les plus branchés de France. En 1998, dix ans après avoir passé le concours à Laval, le centre de distribution du 10e arrondissement où il a élu domicile professionnel s’équipe de véhicules électriques. Trouvant l’expérience intéressante, il se porte pilote volontaire pour tester de nouveaux prototypes électriques qui arrivent. Une petite fête est même organisée pour saluer l’événement. La première expérience ayant été concluante, notre facteur en redemande. Aujourd’hui, on aurait du mal à le priver de sa voiture préférée. Modeste, Dominique réfute l’étiquette de pionnier. Il veut simplement montrer l’exemple en espérant que de nombreux organismes suivront le chemin tracé par La Poste.
“ La voiture est tellement silencieuse que personne ne nous entend arriver, pas même la police.
Arrêté derrière un agent qui réglait la circulation sans s’apercevoir de ma présence, je n’osais pas klaxonner pour me signaler. L’agent a fait un bond lorsqu’il a découvert la voiture. C’est vrai que ces véhicules ne font aucun bruit, ne polluent absolument pas. Pour une tournée courte comme la mienne dans un univers urbain aussi dense que Paris, c’est vraiment le véhicule idéal.
J’ai l’impression que mes clients sont déjà conquis, appréciant vraiment le fait que ma voiture ne nuise pas à l’environnement. Il arrive que les gardiens des immeubles ou que les hôtesses d’accueil des sociétés auxquelles je distribue le courrier me félicitent de contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air. Quant aux cadres que je croise parfois, ils se montrent tous intéressés par ma voiture. On m’encourage : “vous allez de l’avant !� ou bien on me pose des questions plus curieuses : “c’est comment sous le capot ?� Je suis assez fier de participer à cette expérience, car outre le plaisir de la conduite, l’enjeu est de taille : il s’agit d’un vrai test à l’échelle nationale. Si l’essai est concluant, une grande partie du parc auto sera progressivement équipé de ces engins.
Pour ma part, j’apprécie surtout le confort de conduite qui me permet d’accomplir mon travail dans de meilleures conditions.
Dans un quartier aussi mouvementé que le 10e arrondissement, point de passage des manifestations dont le classique République-Bastille, la distribution du courrier n’est pas toujours aisée. Les entreprises attendent leurs bons de commande, factures, chèques pour commencer la journée. Surtout que je n’aurais jamais imaginé me retrouver au volant d’un tel véhicule. Mon rêve, c’était de devenir conducteur de train. J’ai une formation de menuisier mais j’ai toujours été passionné de chemin de fer. D’ailleurs, j’ai gardé chez mes parents un réseau modèle réduit. Comme des problèmes de vision m’ont empêché de suivre cette voie, c’est peut-être un petit clin d’oeil du destin que de prendre les manettes d’une machine électrique.
Pour moi, originaire de Mayenne, travailler à Paris n’a pas été facile au début mais j’ai fini par m’y habituer. J’ai découvert petit à petit les trésors de mon quartier dont de très belles cours qui cachent bien des histoires. Une de mes concierges m’a raconté que la sienne avait servi de décor au film Le Clan des Siciliens avec Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon. C’est aussi là que les artistes Dino et Shirley ont installé leur société de production. Je suis allé voir un de leurs spectacles et ils m’ont dédicacé une photo. Entre cinéma et music-hall, c’est presque une vie d’artiste. �
DOMINIQUE DIEUDONNE
CENTRE COURRIER DE PARIS
107 TER RUE DU FAUBOURG ST DENIS
75475 PARIS CEDEX 10
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