Une tournée familiale
Vivette Deloye, factrice à Pont Saint Esprit (30). Dans Saint-Julien, la tournée se fait à pied. Mais d’un bon pas et en saluant tout le monde : les amis, les commerçants, la postière, Mme maire… On s’échange des nouvelles, puis on repart. On monte les marches d’un perron quatre à quatre, on écarte le rideau qui maintient un peu d’ombre dans la cuisine et on dépose l’enveloppe sur la table : « Bonjour Rosette, c’est le courrier ! Je me sauve…» Ainsi se presse et s’empresse Vivette Deloye qui a rejoint La Poste en 1982, après avoir élevé ses deux garçons. Au début, pour des remplacements au guichet, puis comme facteur remplaçant. Depuis 1986, elle fait la tournée de Saint-Julien-de-Peyrolas, dans le Gard, le village où elle est née et où elle vit. C’est peu dire qu’elle connaît tout le monde ici.
Saint-Julien-de-Peyrolas, 1124 habitants, c’est un peu comme sur les cartes postales, mais en vrai.
Un vieux village perché sur une colline, des maisons de pierre serrées contre les remparts, deux cafés, une poste à côté de la mairie et de l’église du XIIE SIÈCLE, un calvaire et une splendide place du donjon tout là-haut, au point de vue imprenable sur les Alpes, le Ventoux, la vallée du Rhône… Des vignes à perte de vue. L’ennui, c’est que les prix du côtes-du-rhône produit par la coopérative baissent. Et les nombreux vergers alentour (cerisiers, abricotiers, kiwis…) ne vont pas fort non plus. Mais le village est dynamique : sa population ne cesse de croître et l’on construit tous azimuts aux alentours, dans les vignes, les vergers, les bois… Pas un vallon qui ne soit bâti. Et de nouveaux lotissements sont en route. Pour les rejoindre, Vivette manie sa camionnette jaune de main de maître dans les chemins étroits qui desservent les écarts. Ça monte, ça descend, ça tourne, il n’y a pas souvent la place pour faire demi-tour, mais ça passe quand même. Un coup de Klaxon s’il y a un recommandé et c’est déjà reparti. Le passager a vite le mal de mer. Ça les fait rire, au Centre Courrier de Pont-Saint-Esprit : «Quand on emmène un superviseur sur la tournée, il titube en descendant de voiture.»
“Je suis allée à l’école avec la plupart de mes clients. Ici, je suis chez moi.
Nous sommes cinq générations de la même famille à vivre au village, de ma grand-mère de quatre-vingt douze ans à mes petits-enfants. Tiens, c’est ma maman qui sort de chez ma grand-mère. Un peu plus loin, c’est mon fils qui prend le soleil au balcon avec ses enfants. Je fais vraiment partie du village dont je connais tous les coins et recoins, les ruelles, les chemins de terre et chaque maison. Souvent, il y a un sac qui m’attend sur la boîte aux lettres : on me donne des tomates, des figues, des haricots… de tout.
À certains, je donne le courrier en mai propre. À des personnes âgées souvent, mais pas toujours.
Comme à Yolande, l’ancienne secrétaire de mairie, qui a été bien malade mais qui va mieux. Quand j’étais petite, elle faisait des animations pour occuper les enfants du village, le jeudi. On s’amusait. Alors, je passe la voir, je prends des nouvelles. On dirait qu’elle reprend un peu de poids, c’est bien. Les personnes âgées, souvent, je passe les voir tous les jours, qu’il y ait du courrier ou non, juste pour dire bonjour, voir si tout va bien. Je ne sais pas si ça fait partie du métier, mais c’est utile. Cette dame, là, par exemple, quand elle était malade, j’y passais tous les jours. Une fois, je trouve les volets clos. En pleine journée, je me suis dit : « il y a quelque chose ». J’ai frappé et je l’ai entendue qui appelait. Mais tout était fermé, on ne pouvait pas entrer. J’ai appelé le médecin, puis les pompiers. Ils m’ont demandé de la faire parler à travers la porte, le temps qu’ils viennent de Pont-Saint-Esprit. Parfois elle répondait, et parfois non. Alors j’insistais car il ne fallait surtout pas qu’elle perde conscience. Puis les pompiers n ont fini par arriver. Ils ont défoncé la porte ; elle était là, étendue depuis des heures, couverte de bleus. Elle avait juste glissé et n’avait pas réussi à se relever. Maintenant, elle est bien remise. On l’a équipée d’un bip qui lui permet d’appeler trois personnes, en cas de problème. Elle a tenu à ce que je sois l’une des trois…
VIVETTE DELOYE
CENTRE DE COURRIER DE PONT SAINT ESPRIT
11 AVENUE G. DOUMERGUE
30134 PONT SAINT ESPRIT CEDEX
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