Zéro réclamation
Emmanuel Berto, Facteur à Mée-sur-Seine (77). On a oublié le pain ! Demi-tour de la fourgonnette et crochet par la boulangerie. Le pain, c’est pour une cliente de Boissise-la-Bertrand, neuf cents habitants, Seine-et-Marne. « Il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de commerce au village, alors il faut bien aider, surtout les personnes âgées. » Facteur au bureau de Mée-sur-Seine, Emmanuel Berto distribue le courrier à Boissise depuis… vingt-trois ans. Le courrier, et le reste. Dans la boîte à gants de la camionnette jaune, il tient son « carnet de commissions », un accessoire indispensable pour noter les commandes : médicaments, bouteilles de gaz, baguettes, imprimés administratifs et carnets de timbres. Pendant les vacances de ses clients, il lui arrive même de tondre une pelouse ou de nourrir les chats après sa tournée.
Emmanuel est du genre chaleureux. Il dit juste « j’aime bien les gens », et ça se voit. Sur sa tournée, on ne fait pas deux pas sans être accosté par Mauricette, Mado, Simone… On se fait la bise, on s’échange des nouvelles, on plaisante… Les voitures klaxonnent pour saluer. « Manu ? Ce n’est pas un facteur, c’est un ami », lance un passant. Madame le maire de Boissise pense la même chose : « Avec sa bonne humeur et son énergie inépuisable au service des autres, c’est le personnage le plus populaire du village. Et sans doute le plus indispensable. »
“Je fais un peu le garçon de course, le psy, la dame de compagnie…
Facteur, ça mène à tout. À dix-huit ans, j’étais comptable. Mais être enfermé toute la journée sous les néons, ce n’était pas mon fort. Alors j’ai profité de l’armée pour passer le concours de facteur, en 1974. Après un détour par Paris XIII puis Bray-sur-Seine, je suis arrivé sur cette tournée en 1982. En plus de vingt ans, on peut dire que je me suis intégré : je connais tout le monde, je fais les mariages, les enterrements… tout. Il y a des gens qui ne voient personne d’autre de la journée, voire de la semaine. Alors, on taille parfois une bavette pendant 15-20 minutes… Je connais leur vie dans les moindres détails. La dame me raconte une chose et son mari une autre. Faut savoir tenir sa langue.
Certaines mamies, je passe les voir tous les jours, même sans courrier. Une fois, j’ai entendu des gémissements derrière une clôture. C’était une vieille dame qui était tombée en taillant ses rosiers. Elle était là depuis des heures, incapable de bouger… Après, j’étais devenu “son sauveur“. Quand mes clients ne sont pas là , ils m’indiquent souvent des cachettes où ils laissent leurs clés car je n’ai pas le droit de les avoir sur moi. Les gens me demandent de rentrer chez eux poser un colis sur la table plutôt que de mettre un avis de passage dans la boîte. L’idée, c’est d’“aviser� le moins possible : j’en suis à 8 % pour les recommandés et 0 % pour les colis. L’an dernier, j’ai même eu zéro réclamation. C’est rare. D’habitude, il y a toujours un grincheux pour se plaindre, mais là , non. Toute cette confiance, ça fait plaisir. Et même, c’est ma fierté.
Quand un bout de chiffon flotte sur une boîte aux lettres, c’est le signal pour du courrier à poster, une commande à passer, un service à demander… ou encore un nouveau trésor pour mes collections.
Je suis intéressé par un tas de trucs : j’ai plus d’un million de timbres, près de 50 000 cartes postales anciennes, 50 000 enveloppes récentes, trois à quatre mille lettres du xixe siècle et puis le reste : papiers d’orange, capsules, cartes de visite de restaurants, cartes publicitaires, sucres emballés, bouteilles vides… Ce sont des collections qui ne me coûtent pas cher, des dizaines de rabatteurs chinent pour moi. Chaque jour, je repars les poches pleines. Du coup, en fin d’année, il me faut deux mois pour faire la tournée des calendriers. On m’offre le champagne, des petits gâteaux, c’est la fête.
Une fois, un cadre m’a suivi sur la tournée, comme cela arrive souvent pour adapter les tournées. Le genre de gars qui note tout, chaque détail, chaque arrêt… Ce jour-là , je me suis tenu à carreau : je n’ai causé que sept minutes pendant la tournée. Incroyable ! Je ne sais pas comment j’ai fait… D’habitude, cela tire un peu en longueur. Et même au-delà . Parfois, je suis séquestré, je n’arrive plus à partir. On parle, on parle, on me retient à déjeuner… C’est vrai que ça fait rentrer tard ! Mais comment dire non… �
EMMANUEL BERTO
CENTRE COURRIER DE MEE SUR SEINE
AVENUE DE LA LIBERATION
77350 MEE SUR SEINE
Ecouter la chronique RTL de Emmanuel Berto, facteur à Mée-sur-Seine (77)
le 30/04/07 Ã 16:15
bien jouet
je sui un grand fan de vous jaimerais connaitre mieu le métier de facteur car je colection les enveloppe et aussie les timbre les bouchon les etiquette de vin les sussette les conjets …..
bonne chance et a la prochaine